L’accompagnée me rappelle ma belle-mère!
Une femme peut en cacher une autre
Être accompagnatrice ou visiteuse (lisez emmerdeuse)?
Une assistante sociale contacte Entrelacs afin de demander un accompagnement pour Mme M. Elle nous informe qu’il s’agit d’une personne plutôt agressive, hospitalisée suite à une opération due à un cancer. Lors d’une opération précédente Mme M. a déjà été accompagnée et la personne en question la visite encore régulièrement, mais depuis quelque temps contre le désir de Mme M. qui ne semble pas en tirer un bénéfice. Mme M. – me dit l’assistante sociale – veut bien essayer encore une fois…
J’y vais ! La première rencontre ne se passe pas du tout bien. Elle est fatiguée et énervée, a mal dormi et me dit dès que j’entre dans la pièce qu’elle n’a aucune envie d’avoir de la visite. J’essaie d’expliquer le rôle d’une accompagnatrice, mais elle m’écoute à peine. Mme M. accepte quand même ma proposition d’un prochain rendez vous pour la semaine suivante. Sa fille me téléphone un jour avant ce rendez vous pour l’annuler : « Ma mère n’est pas assez bien pour une visite, venez dans 15 jours. »
J’y vais ! Elle est toujours peu aimable, me dit que je suis la troisième visite en une demie heure et qu’elle en a marre. Il fait beau, c’est l’été, je me dis que je pourrais être dans une belle piscine au lieu de me faire agresser par cette « bonne femme ». Je vois bien sa souffrance, mais cela ne m’empêche pas de la trouver fort antipathique. Elle annule encore deux rendez-vous. Je ne sais plus comment continuer et en parle avec son assistante sociale qui la connaît depuis longtemps et qui me demande d’insister encore un peu.
J’y vais ! Dès que je lui donne la main elle a à nouveau une remarque fort désagréable : « Quand vous me touchez c’est comme des mouches ! » et plus tard : « Arrêtez de me toucher, vous me poussez ! » Alors que je posais juste ma main sur son avant-bras. Je commence à ne plus la supporter. Peut on accompagner une personne qui, épidermiquement, ne nous aime pas et qu’on n’aime pas vraiment non plus ??
Je pose cette question à Lydia, notre formatrice, lors d’une prochaine supervision et elle m’aide à trouver, pourquoi je n’aime pas cette dame et pourquoi ses remarques désagréables me touchent tant : En traitant ma souffrance concernant Madame M. apparaît rapidement en moi l’image de ma belle-mère suisse allemande, avec laquelle la relation a été fort conflictuelle lorsque j’étais jeune mariée. Aïe ! Mme M. me rappelle ma belle-mère ! D’ailleurs on peut se pincer, mais elle vient du même village perdu dans les montagnes Bernoises que ma belle-mère et elle la connaît de surcroît !!! Voir cette projection me fait sourire et m’apaise en même temps. Tout à coup je la vois avec d’autres yeux, des yeux qui ne perçoivent plus que la souffrance aigue de Madame M., et là elle me touche.
Cette révélation a jeté une toute autre lumière sur mon accompagnement. En changeant mon regard sur elle, j’ai dû dégager autre chose, car à partir de la prochaine rencontre une très belle relation s’est installée. Quelque mois plus tard elle s’est excusée d’avoir été si agressive avec moi au début. Aujourd’hui elle m’appelle son ange et je dois plutôt mettre des limites à ses profusions d’affection ! Bon, c’est aussi un peu excessif, dans le sens inverse, mais c’est quand même bien plus agréable !
… et je suis devenue réellement accompagnatrice au lieu de la visiteuse qui dérange.
Une bénévole



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